France Hongrie 13

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 Joseph Kosma

Joseph Kosma   ~  Kozma Jozsef

Joseph Kosma est un compositeur français d'origine hongroise né le 22 octobre 1905 à Budapest et mort le 7 août 1969 à la Roche Guyon.

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" Les enfants qui s'aiment, Démons et merveilles, Méfiez-vous de Paris, Au jour le jour à la nuit la nuit... : il suffit de citer ces quelques titres de vraies chansons, ou même d'en fredonner l'air pour situer Joseph Kosma. Le plus grand musicien français de cinéma, après Maurice Joubert. Et comme ce dernier, ayant réussi à ne jamais se laisser corrompre par le " système ", à n'œuvrer - presque - que pour la postérité, jamais pour la trompeuse actualité. Et, par-dessus tout, dans le respect absolu du public ; toutes vertus capitales qui ne courent pas les rues. "

C.B. : Cinéma 69- Septembre p12-13

Les feuilles mortes, Démons et merveilles, Les enfants qui s'aiment, Méfiez-vous de Paris,..." : ces chansons, dont beaucoup ont été popularisées par le cinéma, suffisent à situer l’art de Joseph Kosma : dans la lignée de Maurice Jaubert, celle d’une authentique musique populaire, ancrée dans la réalité quotidienne et l’enrobant d’une fine pellicule de poésie, prolongement idéal des dialogues de Jacques Prévert, avec un zeste de préciosité " tzigane " qui lui appartient en propre. "

Jean-Louis Passek (dir.) :
Dictionnaire du cinéma français
Paris, Larousse 1987 p 257-258

Joseph Kosma fait ses études au Conservatoire Franz Liszt de Budapest et travaille notamment avec L. Weiner. Il mène en même temps ses études musicales et ses études secondaires. De 1926 à 1928, il est nommé chef d’orchestre assistant de l’Opéra National et participe à la création de théâtres de danse d’avant-garde. En 1929, il obtient une bourse pour continuer ses études à Berlin. Il collabore avec Hanns Eisler et rencontre Bertolt Brecht, Kurt Weill, ainsi que Hélène Weigel. Après un début de carrière classique en tant que directeur d’orchestre à l’Opéra de Berlin, il rejoint le théâtre ambulant de Bertolt Brecht, puis s'installe à Paris en 1933 où il sera naturalisé français en 1949.

Le compositeur classique et populaire

Joseph Kosma débute à Paris une intense activité de compositeur. Ses musiques font sa réputation, en particulier celles écrites en collaboration avec Jacques Prévert, qui représentent plus de 80 chansons. A la Libération, Agnès Capris, Yves Montand, Cora Vaucaire, les Frères Jacques, Mouloudji, Germaine Montero et Juliette Gréco contribuent à rendre ses chansons populaires. Les Feuilles mortes, Barbara, En sortant de l’école, les Enfants qui s'aiment, la Pêche à la baleine et Inventaire portent la marque de Prévert et de Kosma, alors caractéristique de la chanson intellectuelle qui était répandue à Saint-Germain-des-Prés. Les poèmes de J. Prévert n’ont jamais été aussi bien mis en valeur que par les musiques de Kosma, qui leur apportent rapidement une grande audience et une popularité mondiale. Les Feuilles mortes en reste l’un des plus brillants exemples. Ces chansons ont un accueil enthousiaste aussi bien dans les cercles intellectuels que par le public. Le grand talent de Kosma repose précisément dans sa manière de mettre la mélodie ou le rythme au service du texte, sans imposer la présence du musicien. En 1956, il reçoit un Grand Prix du Disque pour la chanson Inventaire. Il participe aussi à la création du petit théâtre d’art La Rose Rouge sur le boulevard Saint Germain.

Joseph Kosma met également en musique des textes de Raymond Queneau (Si tu t'imagines), Robert Desnos (la Fourmi), Aragon ainsi que des pièces de Jean-Paul Sartre et George Schéhadé. Il réussit en particulier la composition de pantomimes pour Marcel Marceau dès 1952, de musiques de scènes pour Billetdoux ainsi que plusieurs ballets pour Roland Petit et Yvette Chauviré dont il est directeur d’orchestre à Paris: Le rendez-vous pour Roland Petit en 1945, Baptiste pour Jean Louis Barrault et L’écuyère pour S. Lifan en 1949 ainsi que Le pierrot de Montmartre en 1952.

Il est aussi l’auteur d’autres chansons, de chœurs, de musiques de chambre et d’orchestre, d’oratorios et d’opéras, telles la Suite languedocienne, un Concertino pour clarinette et orchestre ainsi qu’une Sonatine pour violon. Deux de ses oratorios sont Les ponts de Paris en 1947 et A l’assaut du ciel. Il monte des opéras comiques comme Les chansons de Bilitis en 1954 et La Weber de Lyon en 1959 à Paris, Berlin, Lyon et met en scène un opéra bouffe en un acte sur un livre d'André Kédros, Un amour électronique, en 1962. Un oratorio sur un poème de Jacques Gaucheron Les Canuts est créé à Budapest, mis en place à l'Opéra de Berlin en 1959 et repris à Lyon en 1964. Quelques semaines après sa mort, l’opéra de Lyon monte son opéra satirique Les Hussards, le 21 octobre 1969, qui témoigne d’une évolution, d’un style plus élaboré de Joseph Kosma.

Le musicien de cinéma

Ses débuts au cinéma commencent en 1935 en même temps que Marcel Carné, avec Jenny, suite à un concours organisé par les producteurs. La même année, il participe avec Jean Lurçat à la curieuse entreprise du film La marche de la faim. L’un de ses premiers travaux pour le cinéma est la chanson de Florelle-Valentine pour le Crime de M. Lange de Jean Renoir en 1936, sur un texte de Jacques Prévert :

Au jour le jour

A la nuit la nuit

A la belle étoile

C’est pour ça que je vis... "

Ces premiers essais de musiques de films mettent en valeur ce mélange savant de tzigane et de populisme qui sera une constante du " style Kosma ". Il compose la partition musicale de plus de 100 films. Ses rapports amicaux avec certains des meilleurs réalisateurs et écrivains de cinéma de l'époque lui permettent de participer à la réalisation de grandes œuvres du cinéma français. Il travaille sur la plupart des Renoir d’avant-guerre. On peut évoquer la belle symphonie du rail de La bête humaine ainsi que les musiques de La Marseillaise et de la Règle. Sous l'Occupation, il participe de manière anonyme à certains films de Prévert, Jacques ou Pierre. Joseph Kosma est le musicien du groupe que forment Jacques Prévert, Marcel Carné et le décorateur Trauner. Grâce à Prévert, il se lie aussi à Paul Grimault et écrit pour lui la musique d’un court-métrage de dessins animés, le Petit soldat en 1947. La collaboration de Kosma, Prévert et Grimault est cependant remise en cause par les difficultés de production rencontrées pour le film La bergère et le ramoneur en 1952, qui possède néanmoins une orchestration superbe.

 

Joseph Kosma est un musicien mélodique original, dont le style personnel s’inspire d’une très grande diversité. Ses préférences se tournent surtout vers des mélodies élégiaques, d’autres tendances peuvent aussi se rencontrer, en particulier l’étonnante " ouverture classique " dans le générique du film de Henri Decoin, Au grand balcon en 1949. La musique de Kosma est aussi remarquée dans le motif d'ouverture du Sang des bêtes, rappelant un blues, ou dans des films tels que Trois Télégrammes, La Marie du Port, La Belle que voilà,... Après la Libération, il travaille pour Marcel Carné dans Voyage Surprise , puis fait la partition du film Les amants de Vérone avec Prévert. A partir de1955, il participe de nouveau à des œuvres de Renoir. Il réalise tout d'abord la musique d’Orvet au théâtre, puis se penche sur l'Air des Bohémiens d'Elena, la Flûte de Pan du Déjeuner sur l’herbe et la poésie dans les ténèbres de Cordelier. Travaillant souvent avec Henri Calef, Paul Le Chanois ou Jean Devaivre, il compose aussi pour Bunuel et Bardem. Il reçoit le Prix de la meilleure partition musicale au Festival de Cannes 1951 pour Juliette ou La Clé des Songes.

" Ses collaborations à l’art cinématographique (dés 1936) lui permettront de développer ses théories sur la musique " engagée " en ce sens que, pour lui, la partition d’un film doit être autre chose qu’un simple " accompagnement divertissant ". Kosma sera un des musiciens qui essayèrent de doter leurs travaux d’une véritable identité musicale posée en complémentarité ou en parallélisme au film. Cherchant à se dégager de l’inévitable " générique à chansons " en vigueur à l’époque, Joseph Kosma impliquera son expérience des variétés de cabaret aux rengaines de l’écran, désincarnant le classique schéma couplet / refrain au profit d’une liberté des textes et d’une texture instrumentale considérée alors comme révolutionnaire. "

Alain Lacombe et Claude Roche : La musique du film  p 275

" On l'a baptisé (je crois que c'est Maurice Fleuret) "  le Couperin de la chanson ". Pour moi, il est davantage : un fils spirituel de Mozart, déguisé en joueur d'orgue de barbarie. Sa petite musique de nuit n'a pas fini de nous chatouiller le tympan et le cœur. "

C. B. : Cinéma 69- Septembre p12-13

Bibliographie :

Maurice Bessy et Jean-Louis Chardans :Dictionnaire du cinéma et de la télévision , 1965
Cinéma 69- Septembre n° 140 p12-13
Roger Boussinot : L’encyclopédie du cinéma Paris, Bordas, 1967
Alain Lacombe et Claude Rocle : La musique du film  Edition Francis Vandevelde, 1979
Marc Honegger, Günther Massenkeit : Das Große Lexikon der Musik   Freiburg in Breisgau, Herder, 1981
Stanley Sadie (ed.) : The New Grove Dictionary of Music and Musicians London, Macmillan Publisher Limited, 1980
Nicolas Slonimsky (Revised by) : Bakers Biographical Dictionary of Musicians Broadway, Schirmer Books, 1992

Pour en savoir plus :

Maurice Fleuret : Kosma Joseph : 1905-1969 : un homme, un musicien
Paris, La Revue musicale, 1989

Films

Joseph Kosma a participé à la composition de la partition musicale de plus de cent films. Voici un aperçu de quelques unes de ses œuvres :

1935 :

Le Crime de Monsieur Lange, Jean Renoir 

La marche de la faim, Jean Lurçat et Joseph Kosma

1936 :

Jenny, Marcel Carné

en collaboration avec Lionel Cazaux

1936-46 :

Une Partie de Campagne, Jean Renoir 

1937 :

La Grande Illusion, Jean Renoir 

1938 :

La Bête humaine, Jean Renoir 

La Marseillaise, Jean Renoir 

1939 :

La Règle du Jeu, Jean Renoir 

1942 :

Les visiteurs du soir, Marcel Carné

1943 :

Adieu Léonard, Pierre Prévert

sous le pseudonyme de Georges Mouque

1944 :

Les Enfants du Paradis, Marcel Carné

(seulement la séquence de la pantomime de Baptiste)

1945 :

Aubervilliers (c.m.), Eli Lothar

Chansons de Jacques Prévert

L'Homme (c.m.), Gilles Margaritis

Les Portes de la Nuit, Marcel Carné

1946 :

L'Amour autour de la Maison, Pierre de Hérain L'Arche de Noé, Henry Jacques

Les Chouans, Henri Calef

Messieurs Ludovic, Paul Le Chanois

Pétrus, Marc Allégret

Voyage Surprise, Pierre Prévert

1947 :

Bethsabée, Léonide Moguy

Carrefour des Passions, Ettore Giannini

La Dame de Onze Heures, Jean Devaivre

Le paradis des pilotes perdus, Georges Lampin Le Petit Soldat (d.a. c.m.), Paul Grimault

1948 :

L’école buissonnière, Paul Le Chanois

Les Amants de Vérone, André Cayatte

Chansons de Marguerite Monnot

Hans le Marin, François Villiers

Bagarres, Henri Calef

D'Homme à Hommes, Christian-Jaque

La ferme des sept péchés, Jean Devaivre

Les Eaux troubles, Henri Calef

Le sang des bêtes(c.m), Georges Franju

1949 :

Au Grand Balcon, Henri Decoin

La cigale et la fourmi (c.m), Jean Image

Le loup et l’agneau (c.m), Jean Image

Black Jack, Julien Duvivier

Le Jugement de Dieu, Raymond Bernard

Vendetta en Camargue, Jean Devaivre

Le Grand Rendez-Vous, Georges Lampin

La Marie du Port, Marcel Carné

La Belle que voilà, Paul Le Chanois

1950 :

Juliette ou la Clé des Songes, Marcel Carné

L'Inconnue de Montréal, Jean Devaivre

Souvenirs perdus, Christian-Jaque

Ombre et Lumière, Henri Calef

Sans laisser d'Adresse, Paul Le Chanois

Trois Télégrammes, Henri Decoin

Désordres, Jacques Baratier

Avec la chanson de Queneau : Si tu t’imagines

1951 :

Dupont Barbès,

En passant par la Lorraine,(c.m)Georges Franju

Mon ami Pierre, P. Neurisse

The Green glove (Le Gantelet vert), Rudolph Mate

Le Cap de l'Espérance,

Les Loups chassent la Nuit,

Un Grand Patron, Yves Ciampi

1952 :

La Bergère et le Ramoneur (d.a.), Paul Grimault

Innocents in Paris (Week-end à Paris), Gordon Parry

Opération Magali,

La commune de Paris (c.m), Robert Ménégoz

Agence matrimoniale, Paul Le Chanois

Le Rideau rouge, André Barsacq

1953 :

Les Enfants de l'Amour,

Les Fruits sauvages, Hervé Bromberger

Alerte au Sud, Jean Devaivre

La Vierge du Rhin,

Le Village magique, Paul Le Chanois

François le Rhinocéros (c.m.), Robert Alexandre

1954 :

Huis clos, Jacqueline Audry

Le Port du Désir, Jean Gréville

Louis Lumière (c.m) P. Paviot

Les Evadés, Paul Le Chanois

Fantaisie d'un Jour,

Chagall (c.m), Robert Hessens

Les Chiffonniers d'Emmaüs, Robert Darène

Pas de Souris dans le Bisness,

1955 :

L'Amant de Lady Chatterley, Marc Allégret

Eléna et les Hommes, Jean Renoir

Pas de Pitié pour les Caves,

Ma Jeannette et mes copains (c.m), Robert Ménégoz

Mermoz(c.m), Robert Ménégoz

M'sieur la Caille, André Pergament

Goubbiah, Robert Darène

Des Gens sans Importance, Henri Verneuil

Cela s'appelle l'Aurore, Luis Bunuel

Le Temps des Assassins

1956 :

Le Quai des Illusions,

L'Inspecteur aime la Bagarre, Jean Devaivre

Calle Mayor (Grande Rue), Juan Bardem

En collaboration avec Maiztegui

Le Long des Trottoirs, Léonide Moguy

1957 :

Les Louves, L. Saslavsky

Je reviendrai à Kandara, Victor Vicas

Le Cas du Docteur Laurent, Paul Le Chanois

Trois Jours à vivre, Gilles Grangier

1958 :

Un certain M. Jo,

Tamango, John Berry

La Chatte, Henri Decoin

1959 :

Katia, Robert Siodmak

La Française et l'Amour (co.), Henri Decoin,...

Le Testament du Dr Cordelier(T.V), Jean Renoir

La Chatte sort ses Griffes, Henri Decoin

Le Déjeuner sur l'Herbe, Jean Renoir

Le Huitième Jour, Marcel Hanoun

1960 :

Crésus, Jean Giono

1961 :

Les Hommes veulent vivre,

Snobs, Jean-Pierre Mocky

Le Pavé de Paris

1962 :

Le caporal épinglé, Jean Renoir

1963 :

In the french style (A la française), Robert Parrish

1965 :

Un Soir à Tibériade

 
 

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